Vous avez un parcours atypique pour quelqu'un de 28 ans : double licence en droit et histoire de l'art, l'École du Louvre, l'Institut national de gemmologie... Qu'est-ce qui vous a amené vers le monde des objets d'art et des ventes aux enchères ?
C'est une histoire familiale qui se cache derrière !
Mon grand-père, Marius Gibelin, écrivain et collectionneur, m'a transmis sa passion pour les objets.
«Dès mon plus jeune âge, il m'a fait parcourir les brocantes, vide-greniers et les ventes aux enchères, que je n'ai pas quitté depuis !»
Vous travaillez chez Millon, une maison fondée en 1928 devenue internationale. Qu'est-ce que cette dimension apporte concrètement dans le travail d'expertise au quotidien ?
L'appartenance à une maison de ventes aux enchères bientôt centenaire est un atout majeur.
Nous avons l'appui du plus grand réseau d'experts d'art en Europe couvrant 5000 ans d'histoire de l'art avec près de 35 spécialités : bijoux, monnaies, tableaux, sculptures, montres, instruments de musique, timbres, art russe, art asiatique, souvenirs historiques, livres, dessins, art moderne et contemporain.
«Ils nous aident chaque jour pour expertiser et estimer les objets qui nous sont présentés, avec précision et rapidité.»
Vous gérez deux bureaux d'expertise, en Seine-Saint-Denis et en Indre-et-Loire. Ces deux territoires vous réservent-ils des surprises différentes en termes d'objets et de collections ?
Les personnes voyagent beaucoup, et les objets avec eux.
«On est souvent surpris par la provenance des trésors qui nous sont apportés. Certains datent de quelques centaines d'années et ont parcouru des milliers de kilomètres !»
Vous dites que les gens ont souvent du mal à évaluer objectivement ce qu'ils possèdent. Comment l'expert arrive-t-il à dépasser le regard affectif pour révéler la vraie valeur d'un objet ?
C'est notre métier !
Les particuliers jugent souvent les objets selon leurs goûts personnels. Or c'est parfois les objets auxquels ils pensaient le moins qui se révèlent avoir le plus de potentiel lors d'une vente aux enchères publique.
«Nos connaissances évoluent sans cesse en fonction du marché, que nous suivons chaque jour.»
Avez-vous déjà été confronté à des œuvres dont l'authenticité était douteuse ? Quels indices vous alertent en premier ?
Nous travaillons chaque jour avec un réseau d'experts, spécialistes d'une période, d'un artiste, ou d'une thématique particulière.
Nous cherchons avec eux des indices tels que des traces d'étiquettes, marques ou numérotations, restaurations éventuelles.
«On va regarder les marques du temps : l'usure d'une toile, la patine d'un bronze, le poinçon d'un bijou.»
Provenance, documentation, certificat d'authenticité... Dans quelle mesure ces éléments influencent-ils concrètement l'estimation et la valeur finale d'une œuvre ?
La provenance d'une œuvre est indispensable dans de nombreux domaines.
Les arts d'Afrique et d'Océanie ou l'art Moderne en sont les exemples, avec le besoin de retracer l'histoire d'un objet ou d'un tableau.
«Sans provenance, certains objets sont purement et simplement invendables.»
Paris fait partie des capitales mondiales du marché de l'art avec Londres et New York. Qu'est-ce qui fait selon vous la singularité du marché français ?
En effet nous avons la chance d'être une place forte du commerce de l'art et d'abriter un lieu unique en son genre, l'hôtel Drouot.
«Sans équivalent comparable dans le monde, des collectionneurs du monde entier viennent y acquérir des trésors.»
«adjugé»est prononcé, transférant officiellement la propriété d'un objet du vendeur à l'acquéreur.
L'intelligence artificielle commence à s'inviter dans le monde de l'art, comment percevez-vous son impact sur votre métier d'expert ?
L'expert fonctionne comme un médecin généraliste. Il utilise un faisceau d'indices pour expertiser et estimer les objets.
«Si la vue et le toucher sont parmi les sens que nous sollicitons le plus, l'ouïe peut également l'être.»
Quel conseil donneriez-vous à un artiste ou un particulier qui souhaite que ses œuvres soient bien valorisées et protégées sur le long terme ?
Pour un artiste vivant, il faut se tourner vers le
«premier marché», c'est-à-dire les galeries dont le travail est de découvrir et promouvoir de nouvelles personnalités.
«second marché», celui de la revente. Ce n'est pas le même travail.
«Notre mission est de garantir l'authenticité des objets que nous présentons et ensuite de présenter en vente et mettre en compétition un maximum d'acheteurs pour que ce soit vendu le plus cher possible.»
Pour nos lecteurs qui souhaiteraient vous contacter pour une expertise ou en savoir plus sur votre activité, comment peut-on vous joindre ?
J'ai envie de démocratiser mon métier d'expert en bijoux et objets d'art en étant le plus disponible possible.
Je suis donc facilement accessible par SMS, WhatsApp, ou email.
«Il suffit de m'envoyer des photographies de vos objets et je pourrai vous donner un premier avis, sous 48h !»
«Maurice Rheims - Les Collectionneurs»